« Qui veut un Lab ? », « Vous prendrez bien un peu de Lab, mon cher monsieur? »…

Nous pourrions continuer ainsi sur plusieurs paragraphes et constituer une compilation de citations détournées, détournées de leur sens comme le concept de Lab. Philippe Silberzhan l’avait assez habilement rappelé dans un de ses billets ici. Aujourd’hui, je viens apporter une modeste contribution à un débat qui interroge, tant sur le concept du Lab, que sur ce qui suscite un tel engouement pour ce type de dispositif. 

Depuis 2011, je suis acteur et observateur passionné au sein de ces espaces nommés les Fab Labs (Googlez « FabLab MIT » rapidement et vous trouverez de quoi vous perdre pour quelques heures). Ma recherche m’a conduit à m’interroger sur ce qui faisait la magie de ces lieux, ce que l’on y faisait réellement, à quelle fin, mais aussi, et surtout, l’intérêt bassement managérial, voire économique, qu’ils pouvaient apporter aux entreprises. En effet, dans notre monde où tout doit être valorisé, et souvent évalué sur une échelle d’utilité, il me semble nécessaire de traduire en langage de décideurs/managers ce à quoi un Lab peut vraiment servir.

Définition d’un Lab

Avant tout, resituons ce qu’est un Lab. Il s’agit d’un diminutif pour Laboratoire si nous nous fions à la définition du Wiktionnaire: « Lieu d’exercice de chercheurs où sont réalisées des observations ou des expériences, ainsi que toute autre activité scientifique ». Nous sommes bien dans un lieu où l’on observe et expérimente. Donc si quelqu’un vous parle de Lab, mais qu’il n’y a pas un lieu dédié… je vous laisse conclure. Quand nous parlons de Fab Lab, nous parlons des Fabrication Laboratories, espaces d’innovation s’appuyant sur les outils à commande numérique tels que la découpeuse laser, la découpeuse vinyle, la fraiseuse numérique, les cartes, le langage de programmation Arduino et la sacro-sainte imprimante 3D. L’autre nom, parfois oublié, des Fab Labs est « Fabulous Laboratories » étant donné que l’on peut y fabriquer « presque » n’importe quoi, ce qui laisse émerger des projets, objets et situations assez fabuleux. C’est ici que nous rebouclons avec la magie… Emmenez quiconque dans un Fab Lab, faites tourner une ou deux machines et vous verrez des yeux d’enfants pétiller autour de ces fabuleuses machines qui fabriquent des objets qui ont une utilité ou non. Ce qui nous amène à l’intérêt et aux usages autour d’un Lab d’Expérimentation, d’Innovation, d’un Fab Lab Interne, etc…

De la matière et du social

Avant tout, je rappelle cette petite citation que j’ai mise dans mes signatures : « Ce que j’entends, je l’oublie, ce que je vois, je m’en souviens, ce que je fais, je le comprends » – Lao Tseu.

Dans un Lab, c’est bien le « faire » qui est souverain. En faisant, nous appréhendons le monde, sa réalité, nous nous l’approprions et le modelons en retour. Qu’on le veuille ou non, tout nous ramène à la matière, aux objets, que nous soyons dans un métier immatériel ou non. On finit toujours par proposer un « livrable » ou par envoyer un document (voir l’Archéologie du Savoir de Foucault sur le sujet). Un courant de la recherche académique s’intéresse à cette matérialité, on peut citer bien sûr les Calon et Latour à travers la Théorie de l’Acteur-Réseau ou la Sociologie de la Traduction, mais le pan qui nous intéresse est la Socio-matérialité développée depuis plus de 15 ans par W. Orlikowski (je ne mentionne pas tous les courants, désolé pour mes pairs). Orlikowski postule une chose extrêmement simple qui offre une grille de lecture pour l’intérêt d’un Lab. Selon elle, toute organisation matérielle est le fruit d’une organisation sociale, et par symétrie, toute organisation sociale est le fruit d’une organisation matérielle. En d’autres termes, le social engendre le matériel et inversement, c’est un enchevêtrement dont on ne peut s’extraire. Trouvez une seule organisation sociale qui peut s’extraire d’une quelconque matérialité. Il nous faut toujours un objet pour créer le social… Une montagne dessine un agencement autour d’elle, cependant, elle peut être aménagée pour favoriser une organisation sociale, elle se transforme en fonction de notre interaction avec elle. Vous voyez à présent où je veux en venir : les Labs sont donc des organisations/dispositifs matériels qui modifient une organisation sociale, qui elle aussi façonne les Labs en fonction d’une organisation sociale préexistante. L’un va modifier la configuration de l’autre et réciproquement. Les possibilités deviennent quasi infinies en fonction du « qui » et du « quoi » ou du « quoi » et du « qui ».

Sur cette petite contextualisation : mais à quoi peut servir un Lab ?

Usage n°1 : Rendre l’immatériel concret

Quel que soit notre métier, notre position, notre rôle, notre origine sociale ou notre parcours éducatif, nous voulons toujours rendre concret ce que nous imaginons. Nous souhaitons matérialiser nos idées, les rendre vivantes. L’orchestration d’un Lab s’appuie sur 4 piliers :

  • des moyens (machines, diverses devices, etc),
  • un socle méthodologique (Design Thinking, Prototypage Rapide, Méthodes Agiles, etc.),
  • un écosystème de personnes internes/externes dans toute leur diversité et leur spécialisation (rapport  l’Open Innovation), 
  • des thématiques clés sur lesquelles faire travailler tout ce petit monde (pour ce qui nous concerne citons l’IoT, l’Industrie du Futur, la Data visualisation, l’Expérience Client…).

Lab Lyon

Aussi, même sur des éléments tels que le service, il y a toujours une part de « tangibilisation » (le fait de rendre tangible, palpable). Le design de services en est un exemple. Rien n’empêche de s’appuyer sur des maquettes construites rapidement avec du carton ou avec une découpeuse laser pour imaginer un lieu commercial ou non. Avec le Lab, cela devient économique et rapide. Alors l’objet, même temporaire, devient « médiateur » au sein du groupe qui va pouvoir échanger et se reconfigurer si ce qui a émergé en a fait ressortir le besoin. Un service se modélise, se concrétise… même sur internet. Un email de confirmation est la preuve matérielle d’un achat. Il existe de très nombreux exemples de ce phénomène. 

Usage n°2 : Accélérer le temps de développement

Comme mentionné ci-dessus, tout s’accélère dans un dispositif de Lab. « Less talking, more doing« . La méthodologie et les moyens sont au service de l’activité de prototypage. Attention, le prototype revêt une multitude de sens et de valeurs, il ne faut pas s’arrêter au côté matériel. Une offre commerciale se prototype tout autant qu’une voiture, elle va juste être appelée un « draft » ou « document de travail ».

Les Labs sont donc conçus pour faciliter le « faire » et vite ! Grâce à cette logique, on autorise l’erreur, l’exploration à moindres frais et surtout on met les personnes en confiance. La confiance grandissante dynamise les groupes, libère la créativité, pousse à tenter plus de choses et donc offre plus d’opportunités.

Alors pourquoi ne met-on pas les gens plus en confiance ? Ce n’est pas le débat ici. Ce qui est sûr, c’est que le Lab, en encourageant à faire, à tenter, à bidouiller (ce qui n’est nullement péjoratif) développe, ou réactive en chacun des mécanismes favorisant la prise d’initiative, le travail à plusieurs, le leadership ou simplement le bien-être. Donc, le Lab aide à aller plus vite, à développer de petits modèles qui peuvent ensuite être testés en situation réelle pour récupérer du feedback utilisateur. Il s’agit simplement de préparer le terrain, d’inclure les usagers le plus tôt possible et d’expliquer que l’objet prototypé a un rôle précis (il est utile, il est facile à utiliser, il peut être réalisé). On gagne du temps, donc de l’argent et de l’énergie.

Usage n°3 : Connecter les êtres

Enfin, le troisième usage est celui de connecter les personnes. Les Labs, même internes, sont souvent classés dans la catégorie des Tiers Lieux, c’est-à-dire des lieux à la rencontre du personnel et du professionnel. En effet, point de hiérarchie en ces murs, juste des individus désireux de mener des projets de façon nouvelle, originale ou du moins différente. Ici, on échange librement et les permanents sont des facilitateurs qui mettent les personnes en relation ou favorisent les interactions.

Les Labs, pour éviter de s’assécher, doivent prévoir un écosystème suffisamment large pour créer de la diversité et donc favoriser l’aléa propre aux innovations au sens darwinien du terme. La diversité, l’énergie, le mélange des modes de pensée sont autant de facteurs nécessaires à un Lab vivant et à la hauteur des attentes. 

Cependant, il faut de la patience, comprendre que rien ne se décrète et que les bénéfices ne sont pas toujours commerciaux. Les gens viennent se rencontrer et exprimer ce que dans le quotidien, ils ne peuvent pas toujours faire. Pour la Marque Employeur, c’est une belle preuve d’ouverture; pour les partenaires, la démonstration d’une entreprise dynamique; pour les étudiants, l’exemple d’une organisation dans l’air du temps. Pour l’entreprise elle-même : une source continue d’idées et d’opportunités qu’il faut ensuite savoir faire émerger.

Conclusion 

Alors les choses sont-elles plus claires pour vous ? Si non, ne perdez plus de temps et déplacez-vous ! Allez au contact, visitez, testez et surtout mettez les mains dedans. « Faire » retrouve une certaine noblesse, les personnes les plus brillantes sont très souvent des makers dans l’âme, des bidouilleurs passionnés que l’entreprise tend à inhiber. Parfois, l’activité permet aussi de révéler des talents cachés que la prise de parole ou les pratiques traditionnelles tendent à dissimuler au regard du collectif.

Il existe de nombreux espaces à découvrir et des gens passionnés pour vous y accompagner, nous par exemple. Cependant pensez bien aux objectifs qu’un Lab doit servir : transformer une organisation ? un modèle ? trouver de nouveaux produits ? servir à identifier et recruter ?

Quoi qu’il en soit, la malléabilité du concept vous autorise de nombreux espaces d’exploration. Ce n’est pas prendre des risques, mais bien déclencher de nouvelles opportunités pour votre entreprise de s’adapter dans un environnement en profonde mutation. Vous voulez en savoir plus ? La conversation est ouverte.

Retrouvez ce billet sur LinkedIn et n’hésitez pas à nous faire part de vos expériences. Sachez que ADVENTS possède 2 labs d’innovation interne (Un lab Maker et un lab Usages et Digital), ouverts à ses clients et futurs clients, pour imaginer et construire le futur de leur métier.

Prenez contact avec Frédéric GILBERT – 06 65 58 14 21 –  pour plus d’informations.

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